En novembre dernier, le Népal a quitté la catégorie des pays les moins avancés (PMA) pour intégrer la catégorie des pays en développement. C’est un grand moment de fierté pour le pays surnommé « les marches qui donnent accès au paradis », un regain de confiance qui permet la consolidation de liens économiques à l’international, ce qui donne une vague d’espoir pour un futur prospère. Cependant, plusieurs préparatifs en vue de cette transition sont en cours considérant le fait que celle-ci implique une réduction de subventions et l’aide internationale. C’est dans ce cadre que se tiennent les conférences de la National Civil Society qui offre un espace pour discuter des impacts de la sortie du statut des PMA sur le financement envers les objectifs de développement durable du pays. Ce texte s’inscrit dans ma participation en tant qu’auditrice à ces conférences, dans le cadre de mon stage avec la NGO Federation of Nepal, et les informations suivantes sont tirés de nombreuses discussions et séminaires auxquels j’ai assisté.
Cette conférence a eu lieu du 9 au 11 mars dernier dans la capitale Katmandou, avec la présence du premier ministre K.P. Sharma Oli et le président de NGO Federation of Nepal, organisme parapluie des OC au Népal, Ram Prasad Subedi. Le Népal ayant auparavant atteint le statut de pays en développement, a subi les lourdes conséquences du séisme de 2015, qui a durement affecté son économie. Suite à une grande mobilisation à l’échelle internationale, le pays a pu se remettre sur pied. Cependant, l’arrivée de la COVID-19 a causé d’énormes chocs à l’économie locale et le pays est à nouveau rentré dans une période d’instabilité. La sortie de la catégorie des PMA est donc une démonstration de la capacité du pays à être résilient face aux défis inhérents à de nombreux pays du Sud global. C’est le Comité des politiques de développement (CPD), qui se réfère au Conseil économique et social des Nations unies (CESNU), qui détermine si les pays ont rempli les critères nécessaires pour pouvoir quitter la catégorie des PMA. Ces critères sont basés sur le revenu national brut par habitant (RNB), l’indice du capital humain (ICH) et l’indice de vulnérabilité économique (IVE)1.
Le Népal a établi des politiques et des plans d’action pour atteindre ses objectifs de développement durable (ODD) pour 2030 comme la transformation des secteurs de la santé, de l’éducation, l’adaptation aux dérèglements climatiques, la transformation numérique, l’égalité des genres, la transformation des systèmes de nutrition, etc. Cependant, les acteurs qui sont au centre de cette transition, les organismes communautaires, font face à de grands défis considérant leur dépendance au financement provenant de l’international. Le passage au statut de pays en développement signifie que le Népal n’aura plus accès au marché particulier pour les pays les moins avancés, ainsi qu’aux fonds et aux provisions garantis par les traités multilatéraux. Étant donné que la majorité des subventions de l’international cesseront, les OC font appel au gouvernement pour négocier des collaborations et des partenariats, au lieu d’entretenir une relation de doute et de méfiance.
Pour l’instant, les subventions gouvernementales sont minimes dans le secteur social d’autant plus qu’il existe un manque de reconnaissance de l’importance de ce secteur, ce qui laisse présager une collaboration difficile dans le futur. Une plus grande coopération entre le gouvernement népalais et les organismes communautaires permettra de favoriser le développement, renforcer la démocratie, augmenter la responsabilité du domaine privé et assurer la survie des populations vulnérables, tout en permettant l’atteinte des ODD. Plusieurs organismes communautaires népalais risquent concrètement de devoir cesser leurs activités dès l’année prochaine en raison de la fin brutale de subventions internationales représentant la très grande majorité de leur budget annuel. Des organismes locaux, tels que Youth Initiative, encourageant l’implication de la jeunesse dans la politique, dans les luttes sociales et dans le développement de leur pays, font face à de grands défis.
Un atelier nommé « Workshop on Financing Nepal’s SDG Journey Amid LDC Graduation », mené par les dirigeant-es des divers OC dans le pays, a créé un espace pour partager les mesures nécessaires à prendre pour anticiper les conséquences que causera la perte de subvention. Plusieurs solutions ont été proposées telles que développer une approche consortium, ce qui signifie que de nombreux partenaires partagent leurs ressources. D’autres options consistent à assurer un coussin économique, garder un support constant pour les secteurs vulnérables, augmenter la taxation du privé, créer ou renforcer les partenariats avec les entreprises locales, introduire des organes qui pourraient générer des revenus, autant que des partenariats stratégiques avec les entreprises. De plus, une période de transition de cinq ans au lieu de trois est recommandée par le CDP considérant les conséquences économiques persistantes de la COVID-192.
Malgré un futur incertain, cette conférence a su démontrer la solidarité présente au sein des organismes communautaires locaux et a permis un espace de discussion pour partager des solutions possibles, autant que de promouvoir l’autonomie des organismes. Un tel espace, utilisé pour dénoncer l’inaction du gouvernement dans la subvention du secteur public, démontre que la liberté d’expression est un outil d’activisme qu’il ne faut pas négliger. Ces conférences et la mobilisation à grande échelle, autant que la participation de la jeunesse comme mécanisme de pression politique, mènera au changement et incitera le gouvernement à instaurer un système plus égalitaire. Le succès de l’atteinte des objectifs de développement durable au Népal dépendra de la capacité des OC à se faire entendre et à forger un partenariat efficace avec un gouvernement actuellement perçu comme peu réceptif. Tant que les organismes communautaires maintiendront leur solidarité mutuelle et prioriseront la transparence de leurs actions pour créer de la confiance avec les autorités locales, un avenir plein d’espoir demeure probable pour le domaine social népalais. Le Népal doit avancer et reconnaître les contributions des OC à la société, tout en consolidant un environnement collaboratif pour le développement durable.
Références
1. Shekh, Irshad Ali, Subash Kumar Bhattarai, et Rachana Thapa (2025, mai). In Perspective: Nepal’s LDC Graduation: Implications, Opportunities, and Pathways. Local Economy. 10.1177/02690942251315682.
2. Government of Nepal National Planning Commission (2024, 16 mai). LDC Graduation, Smooth Transition Strategy. United Nations Development Programme. https://www.undp.org/nepal/publications/ldc-graduation-smooth-transition-strategy